L’agriculture dans le Pacte

D’un côté la PAC, la Politique agricole commune (européenne), lancée il y a 50 ans et en « crise » permanente. Et de l’autre notre « Pacte régional pour la Qualité », en agriculture comme pour l’environnement. Un beau challenge où se jouent bien plus que des emplois.

Car l’agriculture régionale ne concerne pas les seuls agriculteurs. Dans notre région, l’activité agricole, très homogène, occupe une grande place dans la cohésion territoriale, entre l’urbain et le rural, avec bien sûr des nuances, là où le couvert forestier est par exemple plus important.

Il faut répondre à un double défi :


- Conserver un territoire pâturé et cultivé, « vivant », un espace rural considéré comme une richesse économique, sociale, environnementale, paysagère donc touristique

Conforter les exploitations existantes et les filières situées en aval, favoriser la valorisation sur place de nos productions, faciliter la diversification et la recherche de nouveaux débouchés, aider l’installation de repreneurs ou de porteurs de projets

- Assurer à notre population dans son ensemble un environnement et une nourriture de qualité, en valorisant des productions locales irréprochables, en appuyant la mise en œuvre de « circuits courts » et d’une agriculture biologique répondant aux demandes des consommateurs et aux exigences du développement durable.

Offrir les soutiens financiers nécessaires, agir en étroite concertation avec les organismes et les groupements professionnels, ainsi qu’avec les organisations de consommateurs, appuyer les campagnes de « bien manger » et de bonnes pratiques alimentaires.

Chacun sait aujourd’hui combien la nourriture quotidienne consommée par les ménages dépend à la fois de leurs revenus et du niveau d’éducation. Nous ne pouvons pas séparer agriculture et consommation alimentaire, agriculture et animation du milieu rural.



Données de base

Si les actifs agricoles sont aujourd’hui une petite minorité dans l’emploi total limousin, ils contribuent de façon forte au revenu régional total et à l’image du Limousin vis-à-vis de l’extérieur. Plus de 15 000 exploitations existent dans nos trois départements, avec quelque 22 000 emplois.

C’est au cours de la décennie 1970 que la petite agriculture limousine a connu une mutation décisive. Fin des topinambours, et le porc familial a quasiment disparu ! La pomme de terre dont la Creuse fut longtemps l’un des premiers producteurs en France a laissé la place à l’herbe et au maïs, et les châtaigneraies, souvent malades, ont été laissées à l’abandon.

L’élevage bovin et ovin extensif s’est alors « emparé » de la Terre, les neuf dixièmes de l’espace utilisé lui étant consacrés. Dans le même temps, c’est l’ensemble du cheptel qui basculait dans une production génétiquement contrôlée. Le temps des labels était venu.

Le temps de la diversification aussi, grâce à des productions de qualité : la production de pommes (de golden de montagne) en est un exemple et son essor est spectaculaire aux confins de la Haute-Vienne, de la Dordogne et de la Corrèze. Les productions végétales dans leur ensemble représentent un tiers du chiffre d’affaires de la « ferme Limousin » – les productions animales les deux tiers.


Plus que les données chiffrées, il faut garder en tête quelques données de base.

-Le monde agricole limousin n’a pas cessé de perdre des actifs depuis quarante ans, ce qui se retrouve partout en France, et les départs à la retraite se soldent le plus souvent par la fermeture voire l’abandon d’un site d’exploitation – d’une « ferme ». Dans le même temps, les chefs d’exploitation restants élargissent leur base de travail : la surface moyenne des exploitations agricoles limousines est aujourd’hui de 55 ha, en augmentation de plus de 10 ha en 5 ans. Cela s’accompagne d’une mécanisation toujours plus poussée, d’une spécialisation croissante et d’une simplification des systèmes d’exploitation.

-Les repreneurs sont peu nombreux, et les coûts d’une installation (avec les crédits qui vont avec) sont très lourds. Pour quel revenu ? La baisse des prix et les incertitudes sur l’avenir de la PAC etc. augmentent encore les risques pour les candidats. On assiste, parallèlement à une rapide augmentation du nombre d’exploitations en société (+ 22% entre 2000 et 2005).

-Les petites exploitations « non-professionnelles », parfois de « loisir » (chevaux) ou de subsistance, comme double métier, ont tendance à disparaître.

Comme ailleurs, le secteur agricole de la région a été durement touché par la crise des mois derniers ; une situation causée par la dérégulation des marchés au niveau mondial et européen. Face à cette crise sans précédent, l’Etat UMP, qui porte une grande responsabilité dans cette dérégulation en ayant défendu coûte que coûte le libéralisme économique, a mis en place des mesures conjoncturelles qui malheureusement ne suffiront pas à sortir l’agriculture de son marasme. La solution se trouve dans la régulation des marchés. Nous nous engageons à défendre et à aider sa mise en place dans toutes les instances régionales, nationales et internationales où nous seront amenés à représenter la région. Ce modèle économique est un enjeu majeur dans la préparation de « l’après PAC » en 2013.

 

La politique régionale

Depuis 1986, le Conseil régional a toujours fait le choix de soutenir une agriculture de qualité et le renouvellement des générations. Ce soutien sans faille, réalisé dans la concertation de tous les acteurs institutionnels de l’agriculture et dans le souci des problématiques territoriales, s’est poursuivi activement au cours du dernier mandat : 147 emplois agricoles ont pu être créés entre 2004 et 2008, 423 projets de développement des exploitations ont été accompagnés depuis 2008, et 121 projets de diversification agricole soutenus.

Nous avons trois priorités qui s’appuient sur les piliers du développement durable, économique, social et environnemental :

1. Assurer la durabilité économique des exploitations

Après chaque crise (ESB…), la dépendance des exploitants vendeurs de veaux destinés à l'engraissement en Italie les a plongés dans de graves difficultés en raison de la fermeture des frontières ou de la perte de confiance des consommateurs envers des viandes produites hors du territoire national. Un constat s’est alors dégagé : l’engraissement doit se faire en Limousin, accompagné d’abattoirs et d’outils de transformation sur place, qui ont en outre l’intérêt de préserver et de développer l'emploi.

Pour atteindre ces objectifs, et avec l’appui de la Région, toutes les organisations de producteurs ont signé un contrat de progrès pour développer l'engraissement et la finition sur notre territoire. Notre objectif est de porter à 12 000 têtes supplémentaires les bovins engraissés en Limousin d'ici trois ans dans le cadre d’un projet global pour les nouveaux investisseurs. En plus des aides aux investissements, 750 000 euros sur trois ans ont été réservés à cette action pour les groupements des producteurs.

Ce contrat de progrès permet de :

-soutenir la notoriété des Signes d’Identification de l’Origine et de la Qualité (SIQO). Nous soutiendrons principalement des actions de promotion des AOC, AOP, IGP, « Limousin, qu’y a-t-il de meilleur ? »…
-favoriser l’organisation économique des producteurs et renforcer la contractualisation pour permettre le développement de la finition des produits en Limousin et de leurs filières de valorisation.
-permettre aux exploitations agricoles de faire face à la compétition internationale en soutenant une politique de développement par l’excellence (génétique, sanitaire, environne-mentale, organisationnelle…) et de réduction des coûts (aides aux investissements des structures), en poursuivant l’expérimentation et l’innovation et en recherchant le meilleur équilibre entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs.

Nous avons également lancé les Projets globaux « Terre Vivante », et financé les investissements avec :

- une prise en compte globale du projet d’entreprise
- l’inscription dans un objectif de développement durable (l’économie, le socio-territorial, l’agro-environnemental)
-un accès àdes taux préférentiels pour les nouveaux installés.

Ainsi, 256 projets ont été examinés dans le cadre de la nouvelle procédure 2007-2013 : 87 l’ont été en 2008 et 169 en 2009. Ce dispositif a bénéficié à 190 jeunes ayant perçu un Dotation Jeune Agriculteur (DJA) et à 18 nouveaux installés en dehors du cadre de la DJA. 225 exploitations engagées dans le cadre du projet global ont prévu une démarche d’agriculture durable soit 88 % des dossiers.

L’investissement collectif et l’amélioration de l’organisation du travail sont soutenus par l’aide aux CUMA.


2. Développer l’emploi et la vie sociale en milieu rural

Une agriculture solidaire, diversifiée et valorisée nous permettra de répondre à cette priorité si l’on peut redonner de l’attractivité au métier d’agriculteur. Les jeunes générations ont une nouvelle mentalité et de nouvelles exigences familiales, qu’il faut prendre en compte. Nous souhaitons aider les exploitants à réduire les astreintes, et pour cela soutenir la création d’emplois partagés (groupements d’employeurs) et qualifiés (adjoints d’exploitation).

2004-2008 : 101 emplois aidés GE + CUMA (6 879 € / emploi en moyenne) 2005-2008 : 46 adjoints (15 937 € en moyenne)

Reprises et installations :

La plupart des agriculteurs se retirent désormais sans successeur. Nous avons mis en place des incitations à la transmission des exploitations hors cadre familial à travers le Programme pour l’Installation et le Développement des Initiatives Locales (PIDIL). Nous avons également lancé un « Programme Maîtrise du Foncier et Projets Territoriaux pour l’Installation »

Enfin, la mise en place du réseau DIVA permet l’accompagnement des porteurs de projets agricoles et ruraux innovants et « diversifiants » grâce à un réseau de techniciens. L’objectif de ce dispositif est de :

- favoriser l’accueil et l’installation de nouveaux agriculteurs, de nouveaux résidents

-d’encourager et promouvoir les initiatives locales, l’emploi, la création ou le développement d’activités agricoles et agri-rurales

-de favoriser une installation de qualité en milieu rural

-de développer l’attractivité des territoires ruraux et accompagner les mutations du monde agricole 55 projets ont été accompagnés dès la première année.

DIVA en quelques chiffres :

2008 :

-92 000 € consacrés à l’opération
-57 dossiers (22 dossiers en appui à l’émergence et 35 dossiers en appui au montage) ont été présentés en commission permanente (d’avril à novembre) correspondant à une centaine de  porteurs de projets.
-Sur les 35 dossiers en appui au montage : 28 projets individuels et 7 projets collectifs comprenant : 10 porteurs de projets en reconversion professionnelle, 11 porteurs de projets en création d’activité (actuellement au chômage) et 14 projets portés par des agriculteurs


2009 :

-173 924 € consacrés à l’opération
-Plus de 120 porteurs de projets accompagnés
-77 projets (16 dossiers en appui à l’émergence et 61 dossiers en appui au montage) ont été présentés en commission permanente (de janvier à novembre) correspondant à 120 porteurs de projets

Sur les 61 dossiers en appui au montage : 54 projets individuels et 7 projets collectifs qui regroupent : 51 agriculteurs, 25 porteurs de projets en reconversion professionnelle et 15 porteurs de projets en création d’activité (actuellement au chômage)

3. Soutenir une agriculture alliant performances économiques et qualité environnementale

Nous avons fait le choix de favoriser la gestion et l’anticipation des risques climatiques, environnementaux et sanitaires, notamment au travers du programme Agriculture et Climat.

Il se compose :

-du Programme Herbe et Fourrages : un réseau de fermes pilotes adoptant de nouvelles méthodes culturales pour inciter les agriculteurs à être autonomes en matière d'alimentation animale, synonyme d'économies lorsque l'on connaît la fluctuation du prix des céréales. Ce programme est doté de 450 000 € (2006-2009 : 36 mois).

-du Programme Énergie qui vise une plus grande autonomie énergétique des exploitations agricoles (expériences de méthanisation…).

Il s’agit également de répondre aux attentes sociétales en matière d’environnement par le développement de l’agriculture biologique, de développer et professionnaliser les circuits courts : alimentaires, éco-construction. Nous souscrivons à la démarche du réseau Agriculture Durable.

Nous souhaitons intégrer le « bio » dans les productions de qualité (comme les labels, les AOC…). Nous ferons en sorte que l'agriculture biologique revête une dimension économique environnementale et sociale qui aboutisse à un coût d'achat accessible à tous les consommateurs. Le bio pour tous, et pas seulement pour ceux qui en ont les moyens ! C’est en ce sens qu’il faut encourager la structuration de cette filière, en gagnant de proche en proche par produit : avec le porc par exemple.

 

En résumé

Face aux incertitudes d’évolution de la PAC après 2013, et au développement des réglementations sanitaires et environnementales sur les prochaines années, nous nous fixons un certain nombre d’objectifs :


  • Le renouvellement des générations (DIVA, aide à l’installation…) dans un objectif d’aménagement et de développement du territoire
  • La réduction des coûts de production et l’amélioration des pratiques agricoles (programme herbe, qualité produits…), ainsi que l’adaptation aux demandes environnementales (réduction des pesticides…)
  • Le renforcement de la contractualisation (producteurs, transformateurs…) et de la valorisation des produits (lutte contre la dérégulation des marchés, développement de la valeur ajouté en Limousin…)
  • La valorisation des produits de qualité limousins et de l’image de notre région.

C’est par ces actions que nous développerons une agriculture durable et valoriserons le Patrimoine naturel régional, notre bien à tous.